Orte wie dieser – Des lieux comme celui-ci

Es ist ein besonderer Moment für mich, kurz vor Ende des Jahres, einen alten Text im neuen Gewand präsentieren zu können. „Orte wie dieser„, den ich Anfang März im Blog veröffentlichte, handelt von einem Ort, der mein Leben von Anfang an auf eine ganz besondere Weise begleitet hat: Die Ile d’Oléron, vor der französischen Atlantikküste gelegen, beherbergt unser fast 300 Jahre altes Haus und mit ihm eine Fülle an Erinnerungen, die einen großen Teil dessen ausmachen, was ich bin.

Dank meiner lieben Freundin Amandine Robert bekommt diese Ode an einen Ort nun einen ganz anderen Glanz: Sie hat meinen Text ins Französische übersetzt. Schon als ich Amandine vor vielen Jahren während ihres Deutsch-Studiums in Paderborn kennenlernte, versetzte mich ihr Gespür für die Nuancen der deutschen Sprache in Staunen. Mit ihr sprachliche Feinheiten und Ausdrücke zu diskutieren, ist eine wahre Freude. Es eröffnet mir einen ganz neuen Blick- nicht nur auf das Französische, sondern auch auf meine eigene Muttersprache. Und mir war immer klar: Wenn jemand irgendwann meine Texte übersetzen kann, dann sie. Danke, Amandine, dass diese Vorstellung nun wahr geworden ist.

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Des lieux comme celui-ci

Il fait sombre tout autour de moi. Seul le rectangle bleu foncé que forme le ciel se dessine au bout de la pièce dans le cadre de la fenêtre. Il fait glacial dehors et pourtant, j’ai laissé la fenêtre entrouverte et l’air froid entre et refroidit le bout de mon nez. Cela fait trop longtemps que je ne l’ai pas entendu pour pouvoir y renoncer maintenant, durant ma première nuit ici – le murmure de l’Atlantique, dont les vagues effrénées déferlent sur l’île. Au cours des dernières semaines, des tempêtes en provenance d’Islande et d’Angleterre ont transporté de grosses vagues vers la côte française de l’Atlantique. La pointe sud de l’île a cédé plusieurs mètres, des parties entières de forêt ont été inondées à Maumusson, tandis que d’autres années, elles succombaient à plusieurs semaines de sécheresse – une sécheresse responsable d’un très fort risque d’incendie.

Cela fait à peine deux heures que nous avons franchi le pont – lumières bleues dans l’obscurité de la nuit – serpentant de la terre ferme vers l’île, reliant l’estran, découvert à marée basse, à la partie basse, orientale de l’île. Il était minuit largement passé, mon compagnon de route dormait depuis une heure et demie, la tête en arrière, la bouche grande ouverte, incapable de m’aider sur notre chemin à travers la nuit. Chaque fois, ce sont les deux cents derniers kilomètres qui nous privent de notre lucidité. « J’ai encore oublié à quel point cette dernière portion du trajet est horrible », dit-il avant de glisser dans un sommeil léger. En effet, il y eut certaines années où, après presque treize heures de conduite, nous nous relayâmes toutes les vingt minutes sur les derniers mètres, en lutte contre un sommeil trop puissant s’emparant de manière grandissante de nos corps et allant même jusqu’à engourdir le bout de nos doigts. Une année, alors que nous étions près du but, nous dûmes dormir une petite heure le long de la route départementale – affaissés entre le panier à provisions, dont tout le contenu avait été mangé, et les bouteilles d’eau, emballages papier et autres feuilles d’essuie-tout contenant des pépins de pommes et peaux de bananes, portant sur les genoux le corps sans vie de nos cale-nuques dont l’air s’était échappé, assis le menton sur la poitrine et les jambes pliées. Long est le chemin menant au paradis.

Mais cette année, c’était différent. Lorsque la vigilance quitta mon copilote, je repris le volant. J’avançai le siège, réglai les rétroviseurs et éteignis le plafonnier. Juste le tableau de bord et moi, le faisceau des phares avançant dans l’obscurité, divisant le noir, braqués sur leur objectif, et me révélant l’étendue de routes françaises désertes. Quelque chose me maintenait éveillée, un courant irrésistible me portait sur l’A10 jusqu’à la sortie 35 – Ile d’Oléron. J’allumai la radio et Chérie FM, Nostalgie et Alouette se relayaient pour remplir de chansons ce petit espace qui ces minutes durant, constituait mon monde. Que j’accompagnais en chantant à tue-tête. Nous traversions des villages français qui semblaient sans vie. Des façades grises sur lesquelles se déposait la suie des voitures y passant, des maisons aux volets fermés, les mauves qui d’habitude nous font signe en guise de salutation, n’ont pas encore poussé. L’on est en février.

Je poussai un petit cri de joie au moment de m’engager sur le pont. Mon compagnon continuait de dormir. « Hmm », dit-il. Mais je babillai pleine d’entrain, ouvris les deux fenêtres avant et aspirai gloutonnement l’air frais de la mer. Cela faisait du bien, tellement de bien d’être de nouveau à la maison. Je vais aller à la mer, me dis-je. Maintenant. Est-ce que je passe par Vertbois pour humer encore un peu le parfum des pins, des pins parasols ou est-ce que j’emprunte le bon vieux chemin de Dolus, la longue et familière Route de la plage descendant à Rémigeasse ?
« Est-ce que ça te dérange si je fais un rapide détour par la mer ? » demandai-je à voix haute.
« Pourquoi me poses-tu la question », murmura-t-il, « tu vas de toute façon le faire. » Le ton de sa voix était d’une désapprobation affectueuse, je l’entendis sourire dans l’obscurité et ne sus que répondre.

C’est chaque fois un instant magique lorsqu’après tous ces kilomètres, après l’avancée tâtonnante de péage en péage, le moteur enfin s’éteint, que s’ouvre, s’impose à nous l’océan atlantique et que son mugissement pénètre par les portes fermées jusque dans nos oreilles fatiguées. Au plus tard à ce moment-là, même le plus épuisé des compagnons de route se réveille. Nous descendîmes et plongeâmes dans la magie de l’île. La mer était noire, sauvage et agitée. De temps à autres scintillait dans l’obscurité la crête moutonnante d’une vague, les pierres calcaires dessinaient le contour de l’île, l’eau salée en léchait les bords.

Cela me coûte toujours beaucoup de m’arracher à cet instant de l’arrivée. Quand je me tiens là-bas sur la côte, avec sous mes yeux cette mer familière, qui déploie mes pensées jusqu’à New-York, s’ouvre à l’intérieur de moi l’ensemble des années passées ici. Si je mets bout à bout le temps passé ici, presque quatre années de ma vie appartiennent à cette île – années qui font partie des plus heureuses et des plus marquantes de ma courte vie. Années durant lesquelles j’ai appris la vie comme à aucun autre moment. Nulle part ailleurs dans ce monde, je me sens à ce point protégée, en sécurité, à la maison qu’ici. Nulle part ailleurs, je me sens plus proche de moi-même, nulle part ailleurs plus invincible. S’imaginer perdre un jour cette source de vigueur revient à envisager de se couper les racines et d’avancer en boitant, jambes mutilées, dans un avenir incertain.

Ma dernière fois ici remonte à un an et demi. Chaque année où je n’ai pu inscrire quelques mots dans notre livre d’or à la couverture noire et rouge, m’apparaît comme une petite tache sombre dans ma biographie. Jusqu’à présent, ce ne sont que deux années – 2008 et 2013. Pas suffisamment de force en 2008, personne pour m’accompagner en 2013. Ces deux années-là me vint, peu avant le 31 décembre, l’entêtante idée de filer rapidement sur l’île pour saluer de la main les murs calcaires, respirer l’odeur de chanci de l’entrée, boire un pineau assise sur les pierres noires au bord de la mer, saluer la nouvelle année et repartir. Evidemment, non sans ouvrir auparavant une fois chaque porte de la maison, passer dans chaque pièce, toucher une fois chaque poignée de fenêtre, regarder dans la grande armoire jaune dont les portes coulissantes rappellent le grondement du tonnerre à l’horizon, puis me rendre au fond du jardin, me retourner et regarder, remplie d’une joie incrédule, la grande maison avec ses fenêtres à petits carreaux. Et plus je me tiens là à la regarder, plus ces années qui ont laissé leurs traces en ce lieu, deviennent présentes. Je nous vois, mon frère et moi, enfants, en train d’étaler sur les murs près de la table en pierre, les trésors d’une journée passée à la plage et les vendre à notre famille, patiente. Un escargot coûtait 5 centimes, un coquillage coloré montait à 10. Méticuleusement, nous fabriquions des étiquettes sur lesquelles était indiqué le prix et vendions à la criée notre marchandise. Je vois ma grand-mère bien-aimée glissant à travers le jardin, son chapeau de paille blanchi sur les genoux, et parlant à ses fleurs, arrachant les mauvaises herbes et célébrant la lenteur. En m’approchant et regardant par la fenêtre au milieu de la porte, je nous vois durant notre adolescence, ma mère, ma tante, mon cousin, mes amis – un groupe nombreux et panaché de gens. J’entends le bruit sourd de leurs rires joyeux, d’ardentes discussions, de querelles. Ils jouent, mangent, écoutent à la radio les élections en Allemagne ou lisent. Ils sont insouciants, sont ensemble, les uns avec les autres, s’arrangent. Vivent.

Ces époques sont révolues depuis longtemps. Les groupes sont devenus plus petits, les gens plus individuels. Les temps ne sont pas moins heureux. Mais moins bruyants. Ma grand-mère n’est plus en vie, mais son esprit continue de flotter à travers la maison. Et en ces jours, j’ai parfois le sentiment qu’elle pince les lèvres de manière critique.

Ce n’est que tôt le matin, lorsque déjà une fine bande de clarté se lève sur l’île, que je m’extrais du chaud cocon que je me suis fabriqué à l’aide de couvertures en laine, et ferme la fenêtre. L’air dans la pièce est glacé, mes membres sont engourdis par le froid. Je ne sens plus le bout de mon nez, mais je suis heureuse. Dehors, il pleut et la tempête souffle. Les volets claquent et la fébrilité me parcourt le corps. Je scrute le ciel dans l’espoir d’y voir des éclairs, mais une couche grise reste accrochée, inerte, au ciel. Trop de pluie se déverse sur le paradis.

 

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One Response to Orte wie dieser – Des lieux comme celui-ci

  1. Ma says:

    Liebe Eva, die Du schon immer, seit Urzeiten, mit diesem Ort verwoben bist … was für ein Geschenk ist Dein Text, sind Deine Bilder für diesen Ort, für uns … Und nun … liebe Amandine, die Sie nie dort waren, aber diesem Text Ihre Sprache gegeben haben … was für ein Geschenk, wenn Text und Sprache sich zu einem neuen wunderbaren Bild fügen …

    Danke Eva, danke Amandine.
    Ma Dagmar

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